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2011

Histoire enfance

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Exposition Histoire Enfance, Galerie Eric Dupont, Paris - Octobre-novembre 2011

 

Être l'enfant d'un personnage célèbre n'est certainement pas une position facile. Il faut se faire, sinon un nom, du moins un prénom. Cela exige une force de caractère singulière mais la présence du père et/ou de la mère rend possible un conflit émancipateur.
Mais qu'en est-il des enfants dont le père et parfois la mère ont disparu dans des circonstances particulièrement violentes et tragiques ? A première vue, on pourrait s'imaginer qu'être l'héritier d'un héros fusillé durant la Résistance, qu'il s'appelle Gabriel Péri, Georges Politzer, Charles Michels ou Pierre Semard donne une légitimité morale et sociale indiscutable. Mais ce serait être très loin de la réalité de la solitude qui va être la leur. Ces enfants de l'amour sont aussi des enfants de la mort et ils portent dans leurs bras ces deux fardeaux sans savoir où les déposer.

Leurs histoires sont au sens littéral extraordinaires. Comme seul exemple : la fille de Lucien Dupont est née en prison; son père avait été fusillé quelques jours auparavant et sa mère déportée alors qu'elle n'avait que quelques mois. Longtemps, elle a ainsi considéré la Résistance comme une ennemie qui lui avait pris son père, sa mère et son enfance.
Les quelques photographies choisies parmi celles qui nous sont parvenues par delà le désastre n'ont ni l'aura des reliques, ni le parfum mélancolique des archives. Elles montrent des corps toujours vivants, vivants malgré tout.
L'Histoire est parfois un enfant destructeur et l'enfant qui naît dans ces périodes a la terrible tâche de remonter ses temps disloqués.

Aux côtés de ces images, des cristaux de temps obtus, venus des champs de bataille de Verdun : les sculptures nées de la vitrification de souches. "Une souche est bien plus que le socle de l'arbre. … Elle offre la condition d'un déploiement généalogique, elle apparente l'arbre, lui impose sa forme d'ascendance et de descendance. C'est une base d'évolutions futures, une condition vitale de possibilités encore inconnues. C'est une forme … pour le désir, pour l'angoisse, pour la parenté." (in La demeure, la souche, Georges Didi-Huberman).

Les œuvres de l'exposition vont ainsi s'organiser autour de formes vitales agglomérant enfance et histoire, en une constellation ouverte : le motif des mains, relâchées ou vives, un bois flotté de Raymond Aubrac, rendu à la lumière de l'eau, une photographie d'Hô Chi Minh dormant ou d'énigmatiques figures d'enfants gelés dans du cristal.

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Sans titre, grisaille sérigraphiée sur verre et tain, 110 cm x 77 cm.

Souche de Verdun vitrifiée II.
fonte de cristal à original perdu, 48 x 54 cm, h = 40 cm, poids ± 30 kg.

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Souche de Verdun vitrifiée III.
fonte de cristal à original perdu, 60 x 70 cm, h = 50 cm, poids ± 80 kg.

Souche de Verdun vitrifiée II.
fonte de cristal à original perdu, 48 x 54 cm, h = 40 cm, poids ± 30 kg.

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Souche de Verdun vitrifiée IV.
fonte de cristal à original perdu, 90 x 90 cm, h = 60 cm, poids ± 320 kg.

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Fragment de conversation avec Raymond Aubrac.
Ho Chi Minh et Jean-Pierre Aubrac. Soisy-sous-Montmorency. Août 1946.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 180 x 90 cm.

Après avoir exercé en août 1944 la responsabilité de Commissaire de la République de la région de Marseille à la libération de la France, Raymond Aubrac a rejoint le Ministère de la reconstruction où il était chargé du déminage de la France.
Dans les premiers jours du mois d'août 1946, la famille Aubrac, installée à Soisy-sous-Montmorency, a accueilli durant une quinzaine de jours le Président de toute jeune démocratique du Vietnam, Hô Chi Minh. La légende familiale raconte qu'à l'origine de cette extraordinaire rencontre se trouve l'action de Raymond Aubrac à Marseille en faveur des ouvriers Indochinois réquisitionnés en 1939 pour soutenir l'effort de guerre.
Séjournant à Paris pour suivre les travaux de La conférence de Fontainebleau qui avait pour objectif de définir les rapports entre la France et son ancienne colonie en Asie, Hô Chi Minh avait invité Raymond Aubrac à un cocktail qu'il offrait dans les jardins de Bagatelle. Le président Ho Chi Minh évoquant son regret de ne pas disposer d'un jardin, Raymond Aubrac lui a alors proposé son hospitalité.
De manière moins romanesque, l'installation d'Ho Chi Minh chez Lucie et Raymond coïncide avec l'annonce par l'amiral d'Argenlieu de la tenue d'une conférence fédérale, concurrente de celle de Fontainebleau, à Dalat, capitale administrative de l'Indochine française. Pour marquer de sa désapprobation envers cette initiative, Hô Chi Minh s'est alors installé à Soisy-sous-Montmorency, entouré des enfants de Lucie et Raymond Aubrac, Jean-Pierre, Catherine et la petite Elisabeth qui venait de naître et dont il est devenu le parrain.

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Fragment de conversation avec Raymond Aubrac.
Bois flotté vitrifié.

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Les enfants de Saint Gildas des Bois.
Cristal, 156 cm x 111 cm.

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Chérère Marie, 15 juin 1908, origine Rom
bas-relief inspiré d'une plaque de verre d'identité judiciaire conservée aux Archives Nationales, verre.
36 cm x 37,5 cm x 5 cm.
Maître verrier Olivier Juteau, modelage Claus Velte.

Au début du XXème siècle, après la défaite de la France face à l'Allemagne en 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, une campagne xénophobe se développe en France. Un fichage rationalisé commence avec le système d'Alphonse Bertillon (1851-1914), créateur de l'identité anthropométrique et chef de l'identité judiciaire. En mars 1895, les Tsiganes sont recensés dans tous les départements. En 1907, Clemenceau, ministre de l'Intérieur, crée des brigades mobiles de police qui commencent à ficher les Tsiganes. Elles établissent le carnet anthropométrique d'identité (mensurations, photographies, empreintes digitales) pour les adultes et les enfants. A partir de 1912, le carnet anthropométrique doit être visé à l'entrée et à la sortie de chaque commune. Chaque Tsigane doit avoir un carnet individuel dès l'âge de treize ans, plus un carnet collectif pour le chef de famille. Ce carnet a été obligatoire de 1912 à 1969.

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Histoire Enfance. Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, 15 éléments, 77 x 110 cm chacun.

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Histoire Enfance, Joseph Epstein
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, 77 x 110 cm.

Joseph Epstein et son fils Georges Duffau-Epstein, 1942.

Né à Zamosc, en Pologne, le 16 octobre 1911, Joseph Epstein est issu d'une famille juive aisée, mais très jeune il est marqué par les destructions, les invasions successives, la misère, les pogroms. Âgé de quinze ans, il participe à la mise en place du Parti communiste polonais. Poursuivi par la police politique de Joseph Pildsuski, Joseph Epstein fuit son pays et rejoint la France en 1931. A Bordeaux, il rencontre sa future compagne, Paula Grynfeld, une jeune militante communiste originaire elle aussi de Pologne. Dès les premiers jours d'août 1936, il combat aux côtés des Républicains espagnols contre les troupes franquistes à Irun. Blessé, il est rapatrié et participe à l'envoi d'armement pour soutenir les Républicains. Le 26 août 1937, conscient des menaces d'expulsion visant les émigrés d'origine juive, il organise à la mairie du Bouscat, le mariage de sa compagne, Paula Grynfield, et d'un camarade du Parti communiste, Jean-Lucien Duffau. En 1938, il repart en Espagne et prend part à la bataille de l'Ebre. De retour en France, il s'engage dans la Légion étrangère pour combattre contre les troupes allemandes durant la Drôle de guerre. Fait prisonnier puis interné, il s'évade du camp de Gurs. Début 1940, il organise le divorce de Lucien Duffau et de Paula Grynfeld. A la naissance de son fils, le 25 novembre 1941, il le déclare à l'état-civil sous le nom de Georges, Louis, Max Duffau pour le protéger des persécutions des autorités allemandes.
En 1943, il prend la tête des Francs-Tireurs Partisans français de la région parisienne. La Gestapo l'arrête le 16 novembre 1943 à Évry-Petit-Bourg avec Missak Manouchian. Torturé pendant plusieurs semaines, il ne révéle pas son identité et est fusillé le 11 avril 1944 sous le nom de Joseph Andrej. Jean-Lucien Duffau, lui, a été fusillé pour action de résistance à Balard le 5 octobre 1942. En 2008, par décret du Conseil d'État, Georges Duffau est autorisé à porter le nom de Georges Duffau-Epstein.

Histoire Enfance, Albert Chambonnet
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, 77 x 110 cm.

Albert Chambonnet et ses enfants (à quatre pattes Louis, à gauche Marie-Antoinette, à droite Albert, debout Henriette, au-dessus Yvonne), 1942.

Né le 4 octobre 1903, fils d'un mineur de Bessèges, Albert Chambonnet préparait son examen d'entrée à l'Ecole d'application d'Aéronautique alors qu'il était ajusteur dans un garage. Après en avoir été l'un des meilleurs élèves, il s'est engagé dans l'armée de l'Air. En 1926, il épouse Yvonne Forest dont il aura cinq enfants.
En 1937, il sert à la Direction du matériel aérien militaire au Ministère de l'Air dirigé par Pierre Cot. Après la débâcle de 1940, Albert Chambonnet entre dans un des premiers mouvements de Résistance, le Coq Enchaîné. Affecté en mars 1942 à la base aérienne de Bron, il rejoint, par l'intermédiaire du capitaine d'aviation Claudius Billon, le mouvement Combat que dirige Henri Frenay. Chambonnet est alors chargé d'organiser la Résistance à la base de Bron. Au mois de juillet 1942, il est désigné comme chef d'état-major régional de l'Armée Secrète, sous le pseudonyme de Védrines. Il entreprend de coordonner l'action des mouvements de résistance Combat, Libération et Franc-Tireur dont les groupes paramilitaires forment l'Armée Secrète. Au printemps 1943, Robert Ducasse nomme Chambonnet sous-chef régional des départements de l'Ain, du Jura, de la Saône et Loire. Au mois de mai, Albert Chambonnet participe à la création des M.U.R., les Mouvements Unis de Résistance. En octobre 1943, il remplace Robert Ducasse arrêté par la Gestapo. Sous le pseudonyme de Didier, il devient le chef régional de l'AS. Il est arrêté le 10 juin 1944 et fusillé en place publique à Lyon avec quatre autres résistants le 27 Juillet 1944. Son corps massacré est resté exposé aux yeux des passants, pour l'exemple.

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Histoire Enfance, Christiane Lauthelier
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 144 x 110 cm.

à gauche : Lucien Dupont et ses parents, 1938-1939.
à droite : Marcelle Bastien et sa fille Christiane au Val-de-Grâce, avril 1943.

Christiane Lauthelier est née le 16 avril 1943 au Val-de-Grâce à Paris (alors hôpital militaire allemand) où sa mère Marcelle Bastien est en détention. En effet, cette dernière, engagée dans la Résistance comme agent de liaison de Lucien Dupont, est arrêtée le 8 juillet 1942 à Bordeaux, mise au secret et torturée au Fort du Hâ par la police de Vichy puis livrée aux Allemands. Son père, Lucien Dupont, militant aux Jeunesses communistes, est arrêté une première fois, interné quelques semaines,  puis condamné en novembre 1939 à un an de prison avec sursis. Dès sa sortie de prison, il met sur pied l'Organisation spéciale du Parti communiste. Il réalise plusieurs attentats contre les troupes d'occupation allemande en Côte d'Or et en Saône et Loire. Il est arrêté le 16 octobre 1942 et fusillé au Mont Valérien le 26 février 1943.  Marcelle Bastien, quant à elle, après un retour au camp de Romainville avec sa fille, est déportée en août 1943 à Ravensbrück. Christiane est alors recueillie par la Croix rouge et envoyée chez les parents de Lucien Dupont qui l'élèvent jusqu'au retour de sa mère en mai 1945.

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Histoire Enfance, Aurélia Mouedeb
grisaille sérigraphiée sur verre et tain, 77 x 110 cm.

Aurélia Mouedeb, fille de Robert Peltier, 1946-47.

Aurélia Mouedeb est née le 3 mars 1942 à Paris à l'hôpital Baudelocque parfois appelé hôpital des Enfants abandonnés. En août 1937, sa mère Aurélie Zahner a épousé René Dellepiane, mariage dont est née une fille, Madeleine. En 1940, René Dellepiane est fait prisonnier de guerre et envoyé en Allemagne. Aurélie Zahner vit alors avec Robert Peltier, ouvrier modeleur sur métaux, jeune militant communiste engagé dans les premiers groupes armés de l'Organisation spéciale et des Bataillons de la Jeunesse du colonel Fabien. Spécialisé dans les déraillements de trains à destination de l'Allemagne, Robert Peltier est arrêté le 1er novembre 1941 sur son lieu de travail et jugé par un tribunal allemand installé au palais Bourbon, avec six autres compagnons (Roger Hanlet, Pierre Milan, Acher Semahya, Fernand Zalkinov, Christian Rizo, Tony Bloncourt). Son père est arrêté et interné au camp de Vives durant près de trois ans, sa mère écrouée à la prison de la Roquette pendant un an. Ses deux frères, Jacques et Marcel, âgés de treize et cinq ans, sont confiés à l'Assistance publique. Robert Peltier est fusillé au Mont Valérien le 9 mars 1942, six jours après la naissance de sa fille Aurélia qu'il n'a donc pu reconnaître comme sa fille légitime. La petite Aurélia se voit attribuer par l'état-civil le nom de Aurélie Jeanne Roberte. Elle est confiée à une nourrice à Enghien-les-Bains quelques années. C'est en 1945 que sa mère Aurélie Zahner et son beau-père René Dellepiane, revenu d'Allemagne, la reconnaissent comme leur fille.

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Histoire Enfance, Pauline Talens-Péri.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, Diptyque. 77cm x 110 cm.

à gauche: Pauline Talens-Péri et son père Vicente Talens Inglas. Almeria 1937-38
à droite: Pauline Talens-Péri, son père adoptif Gabriel Péri et son épouse Mathilde Taurinya

Pauline Talens-Péri est née en octobre 1937 à Almeria de Vicente Talens Inglas et de Pauline Taurinya. Sa mère, son oncle Albert et sa tante Mathilde ont été élevés par leur mère Rose . La famille, très tôt confrontée aux difficultés de la vie ouvrière, s'est rapidement rapprochée de la mouvance communiste. Albert Taurinya s'est inscrit au parti communiste en 1922 où il a rencontré le responsable de l'internationale communiste André Marty qui devint son beau-frère en épousant sa soeur Pauline. En 1927 c'est Gabriel Péri, alors journaliste en chef du service de politique étrangère au journal l'Humanité, élu député communiste en 1932, qui rejoint la famille Taurinya en épousant la soeur cadette, Mathilde. Pauline Taurinya s'étant séparée d'André Marty, a rencontré durant la guerre d'Espagne Vicente Talens Inglas, responsable communiste et gouverneur de la province d'Almeria, avec lequel elle a eu une fille inscrite à l'état civil espagnol sous le nom de Pauline Talens Inglas. Le 30  mars 1939 âgée d'un an et demi, la petite Pauline et sa mère ont fui l'Espagne. En mars 1940 elle est internée au camp de femmes Rieucros avec sa mère, sa tante Mathilde et sa grand-mère Rose. Elle est enregistrée sous le nom de sa mère Pauline Taurinya. Après l'exécution de son père par les franquistes à Valence le 25 juin 1940, son oncle Gabriel Péri l'adopte. Critique vis à vis du pacte germano-soviétique et favorable à un grand rassemblement antifasciste Gabriel Péri est obligé de plonger dans la clandestinité après l'interdiction du parti Communiste. Arrêté le 18 mai 1941 suite à dénonciation il est interné à la prison de la Sante où la petite Pauline, âgée de quatre ans, ira lui rendre plusieurs visites. Le 15 décembre 1941, il est fusillé au Mont-Valérien. Il laisse une lettre adressée à son avocate Odette Moreau : « Dimanche 20 heures Très chère Amie, L'Aumônier du Cherche-Midi vient de m'annoncer que je serai, tout à l'heure, fusillé comme otage (...). C'est vous qui annoncerez à Mathilde que je suis mort la tête haute (...). Qu'elle élève ma petite nièce dans l'esprit où son oncle a vécu".

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Histoire Enfance, Michel Politzer.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 144 x 110 cm.

Michel Politzer et ses parents Maie et Georges Politzer, 1939.

Michel Politzer est né le 24 août 1933 à Biarritz. Son père, Georges Politzer, né en 1903 dans une famille juive hongroise, étudiant révolté, participe en 1919 à la révolution de Béla Kun à l'âge de quinze ans. Il termine de brillantes études et quitte la Hongrie. A Vienne, il découvre Ferencsy et Freud et s'imprègne de l'œuvre du psychanalyste. Il arrive à Paris en 1921 où il fait des études de philosophie jusqu'à l'agrégation. Fondateur de la revue Philosophies et de la Revue de Psychologie Concrète, sa réflexion est marquée par son intérêt pour la psychologie et la psychanalyse. Lors d'un voyage à Biarritz, il rencontre Maie Larcade, fille d'un grand cuisinier basque. Après des études dans une école religieuse, Maie Larcade est entrée à l'école des sages-femmes à Paris. Au contact de Georges Politzer, elle adhère au Parti communiste. En 1935, Georges et Maie Politzer se lient à Jacques Solomon et son épouse Hélène Langevin (fille du physicien Paul Langevin). Militants, professeurs à l'Université ouvrière, journalistes, Georges Politzer et Jacques Solomon sont bientôt rejoints par Jacques Decour (Daniel Decourdemanche). Dès septembre 1940, tous trois cherchent à organiser la Résistance universitaire. Après l'arrestation de Paul Langevin, ils fondent la revue L'Université Libre et La Pensée Libre. Arrêtés, torturés, Georges Politzer, Jacques Solomon et Jacques Decour ont été fusillés en mai 1942 au Mont Valérien. Dans un discours prononcé à Alger, le 31 octobre 1943, le général de Gaulle cita le nom de Politzer parmi les noms de ceux qui sauvèrent « la dignité de l'esprit ». Maie Politzer partit du camp de Romainville le 23 janvier 1943 pour Auschwitz dans le même convoi que Marie-Claude Vaillant-Couturier, Danielle Casanova, Charlotte Delbo et Hélène Solomon. Elle mourut le 6 mars 1943 du typhus. Michel Politzer a été élevé par ses grand-parents maternels.

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Histoire Enfance, Denise Michels.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 144 x 110 cm.

à gauche : Charles Michels, 1936.
à droite : Aimée Michels et leurs enfants Régine et Denise, 1936.

Denise Bailly-Michels est née le 1er mai 1930 de Aimée Malagnoux et de Charles Michels. Durant leur enfance, Denise et sa soeur aînée, Régine, ont été confrontées aux difficultés de la vie ouvrière.
Charles Michels, leur père, aîné d'une famille de quatre enfants, orphelin de père à l'âge de onze ans avait dû chercher du travail pour aider sa mère qui faisait des ménages. A l'âge de treize ans, il entra comme apprenti cordonnier chez Dressoir, l'une des plus importantes fabriques de chaussures de la région parisienne. Il arrondissait son salaire en disputant des matches de boxe aux « Folies Belleville ». Sa mère était ouvrière dans une usine de métallurgie. L'activité syndicale de Charles Michels lui valut d'être renvoyé de manière régulière des usines dans lesquelles il avait trouvé du travail.
Élu secrétaire permanent CGTU en 1929 puis député communiste en mai 1936, il négocie les accords de branches succédant aux accords Matignon et participe à la mise en place des congés payés et des 40 heures.
Déchu de son mandat de député le 21 janvier 1940 pour appartenance au Parti communiste, il est interné au mois de mai 1941 au camp de Choisel à Châteaubriant. Suite à l'exécution d'un officer allemand par la Résistance, le général Stülpnagel ordonne de fusiller cinquante otages. Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur
de Pétain, choisit vingt-sept internés de Châteaubriant tous liés
à la CGT et au Parti communiste. Charles Michels, le numéro un de la liste, est fusillé le 22 octobre 1941. A ses côtés, on trouve Jean Poulmarch, Jean-Pierre Timbaud, Jules Vercruysse, Désiré Granet et Guy Môcquet.

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Histoire Enfance, Brigitte Decourdemanche.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 144 x 110 cm.

à gauche : Brigitte Decourdemanche au Chambon-sur-Lignon, 1942.
à droite : Brigitte Decourdemanche et son père Jacques Decour, 1939.

Brigitte Decourdemanche est née en août 1933 de Daniel Decourdemanche et Jacqueline Bailly, dont il a divorcé deux fois. Né en 1910 dans une famille aisée, plus jeune agrégé d'allemand de France, Daniel Decourdemanche a fait paraître en 1930 aux éditions Gallimard son premier livre Le Sage et le Caporal sous le nom de plume de Jacques Decour, nom qu'il conservera dans la clandestinité. Militant aux Jeunesses communistes, candidat du PC aux élections cantonales de 1937, rédacteur en chef de la revue Commune éditée par l'association des Écrivains et Artistes révolutionnaires, il fréquente l'Université ouvrière où il rencontre Jacques et Hélène Solomon et Georges et Maie Politzer. Professeur à Paris au lycée Rollin, il poursuit sa thèse sur la religiosité romantique en Allemagne.
Dès octobre 1940, il se voue à l'organisation de la Résistance intellectuelle. Avec Jacques Solomon et Georges Politzer, il organise la première campagne de protestation contre l'arrestation et l'incarcération du physicien de réputation mondiale Paul Langevin. Jacques Decour, Georges Politzer et Jacques Solomon fondent alors les revues clandestines L'Université Libre et La Pensée libre. En octobre 1941, il crée avec Jean Paulhan Les Lettres Françaises clandestines.
Arrêté le 17 février 1942 alors qu'il se rendait au domicile de Georges et Maie Politzer, il est identifié grâce à une photographie qu'il avait donnée à Maie Politzer dont il était tombé amoureux. Il est fusillé avec ses compagnons Georges Politzer et Jacques Solomon en mai 1942 au Mont Valérien.

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Histoire Enfance, Pierrette Legendre.
Grisaille sérigraphiée sur verre et tain, diptyque, 144 x 110 cm.

à gauche: Pierrette Legendre avec ses grand-parents Pierre et Juliette Semard.
à droite: Pierrette Legendre entre sa mère Yvette Semard et son père adoptif André Berthelot, 1940.

Pierrette Legendre est née le 2 juin 1935 de Yvette Semard et Émile Judith. Sa mère s'est séparée de son mari en 1937 et a rencontré André Berthelot, ouvrier électricien avec lequel elle a eu deux enfants, Robert en 1938 et Mireille en 1940.
Pierrette Legendre a été élevée par ses grands-parents Pierre et Juliette Semard. En 1921, son grand-père Pierre Semard participe à la fondation de la CGTU. Devenu secrétaire général de la Fédération des cheminots et secrétaire général du Parti communiste français de 1924 à 1928, c'est une figure centrale de l'Internationale communiste et du syndicalisme. En 1936, lors la création de la SNCF, il est un des quatre administrateurs issus de la représentation syndicale. En novembre 1938, il est révoqué du conseil d'administration pour avoir signé des tracts appelant à la grève. Le 20 octobre 1939, il est arrêté sous l'inculpation abusive de détournement de fonds et d'infraction au décret du 26 septembre concernant la dissolution du Parti communiste. Le 6 avril 1940, l'accusation de détournement de fonds est abandonnée mais Pierre Semard est condamné à trois ans de prison. Au début de l'année 1942, il est transféré à la prison d'Evreux où il est fusillé le 7 mars 1942. La grand-mère de Pierrette Legendre, Juliette Semard, est arrêtée le 9 août 1940 et condamnée à huit ans de travaux forcés. Sa mère, Yvette Semard, est arrêtée le 6 février 1942, internée puis déportée à Ravensbruck en avril 1944. Son père adoptif André Berthelot, résistant F.T.P., est arrêté le 7 octobre de la même année et fusillé le 26 février 1943.

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Histoire Enfance, vidéogramme, 56 mn.

Entretiens avec
Mme Denyse Bailly-Michels (fille de Charles Michels, fusillé le 22 octobre 1941),
Mme Brigitte Decourdemanche (fille de Jacques Decours, fusillé le 30 mai 1942),
Mme Pierrette Legendre (petite-fille de Pierre Semard, fusillé le 7 mars 1942 et fille adoptive d'André Berthelot, fusillé le 26 février 1943) ,
Mme Aurélia Mouedeb (fille de Robert Peltier, fusillé le 9 mars 1942),
Mr Michel Politzer (fils de Georges Politzer, fusillé le 23 mai 1942 et de Maë Politzer née Maë Larcade, morte en déportation à Auschwitz le 6 mars 1943),
Mme Pauline Talens-Péri (fille de Vicente Talens Inglas, républicain espagnol fusillé en 1940 et de Pauline Taurinya ex-Mme Marty, et fille adoptive de Mathilde Péri née Taurinya et de Gabriel Péri, fusillé le 15 décembre 1941),
Mme Christiane Lauthelier (fille de Lucien Dupont, fusillé le 26 février 1943).

 

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